La hausse d’impôts, une fausse bonne idée.

Il s’agit d’un texte qui a été d’abord publié au Cercle La Presse ( ici ). La plupart de mes prochains articles y seront d’ailleurs publiés ; Je me ferai malgré tout un devoir de mettre ce blog à jour et d’y ajouter à l’occasion du contenu trop concis pour en faire un billet complet. 

 Le gouvernement Marois a annoncé cette semaine le gel des droits de scolarité et, suivant ses promesses, l’abolition de la contribution santé une taxe de 200 dollars par individu qui ajouterait 845 millions à la Santé. L’équipe du PQ prévoit plutôt aller chercher cette somme en augmentant l’impôt des gens gagnant 130 000$ et plus, en plus d’ajouter un autre palier à ceux gagnant plus de 250 000$. Contre-productive, cette hausse d’impôts a bien peu de chance d’avoir l’effet escompté.

La théorie économique nous rappelle qu’une hausse d’impôts n’a que très peu souvent pour effet d’augmenter les revenus étatiques. Arthur Laffer, économiste de l’offre, a élaboré dans les années 70 une théorie fiscale selon laquelle il existe un point optimal de taxation et que, passé un certain point, les revenus fiscaux plafonnent ou tendent à diminuer, particulièrement lorsque ce sont les mieux nantis qui sont visés par une telle hausse d’impôts.

Les raisons sont bien simples; ce sont les gens les plus mobiles, qui peuvent mettre les meilleurs fiscalistes à leur service et qui, surtout, peuvent se permettre d’arrêter de travailler. En effet, avec une part du revenu disponible éminemment plus grande que la majorité des contribuables, les travailleurs à haut revenu voient passer avec le nouveau palier d’imposition, leur ratio «revenu/heures-travaillées» diminuer. Il s’agit malheureusement d’un des impacts négatifs et souvent oubliés de l’imposition progressive. Plus on fait d’argent, plus l’incitatif à travailler diminue.

S’il s’agit d’un postulat théorique, l’expérience économique des dernières décennies donne néanmoins raison à Laffer. Par exemple, la Nouvelle-Zélande, au milieu des années 80, a procédé à un grand ménage bureaucratique. Faisant passer la part de l’État dans l’économie de 44% à 27%, l’État néo-zélandais fit passer le taux d’imposition de 66% à 33%. L’impact sur les finances publiques? Une augmentation des revenus gouvernementaux de plus de 20%. En effet, taxer moins, parfois, permet de taxer plus.

Toujours dans l’empirisme économique, une étude fortement révélatrice publiée par William Kurt Hauser en 1993 nous a appris qu’aux États-Unis que, depuis les années 50, peu importe le taux de taxation (particulièrement des plus riches), la part de l’économie versée sous forme de taxe au gouvernement était toujours la même. Ainsi, que ce soit en 1955, alors que les plus fortunés étaient taxés à plus de 90% ou bien aujourd’hui, alors que les Américains à plus haut revenu paient 35% de leur salaire en impôt, le revenu sous forme de taxe a toujours été dans une fourchette de 16% à 18%. Cela implique qu’effectivement, en termes absolus, prendre 90% ou 35% du salaire des plus fortunés ne change à peu près rien au revenu total du gouvernement [i].

Qu’est-ce que madame Marois, monsieur Marceau et le reste du cabinet péquiste doivent tirer comme leçon de l’expérience économique des autres pays? Que la manière la plus efficace de générer des revenus pour l’État n’est pas de taxer plus, ni d’imposer plus, mais de générer de la croissance économique. Parce qu’effectivement, 18% d’une économie dynamique représente beaucoup plus d’argent qu’une économie stagnante.

Après avoir dévoilé un cabinet sans ministre du Développement économique et annoncé, dans la même semaine, qu’il n’y aurait aucune exploration ou exploitation dans le domaine du gaz de schiste au Québec, il est sans doute juste de se demander comment le Parti Québécois trouvera les fonds pour financer ses promesses.

[i] À noter qu’aucune étude du genre n’a été menée au Canada ou plus particulièrement au Québec, mais que plusieurs commentateurs économiques estiment cette fourchette autour des mêmes proportions.

 

Le Parti libéral dont le Québec a besoin.

Le Parti libéral dont le Québec a besoin. [1]

Avec l’élection d’un gouvernement minoritaire du Parti Québécois au pouvoir, le Québec poursuit sans l’ombre d’un doute sa route sur le chemin du statut quo social-démocrate des dernières décennies. Nous avons pu le constater, le PQ s’est résolument campé à gauche pour éviter, espère-t-il, la division du vote souverainiste entre lui-même, Québec Solidaire et Option Nationale.  Avec le départ tout récent de Jean Charest à la tête du Parti libéral du Québec et une course à la chefferie au mois d’octobre,  les planètes semblent s’aligner en faveur de l’émergence d’une droite économique, libérale[2], sérieuse et rigoureuse. Une droite, que l’on pourrait qualifier d’efficace, qui saura se proposer comme la seule alternative viable aux politiques toujours plus coûteuses que propose le PQ ,mais qui surtout proposera des solutions aux problèmes criants auxquels le Québec  aura à faire face dans un avenir rapproché. Avec la soif de changement au Québec, la clientèle sera sans doute au rendez-vous. Voici comment s’y prendre.

Finances publiques

Plusieurs enjeux pourraient permettre au PLQ de se démarquer comme un acteur de changement  et de responsabilité fiscale, à commencer par la dette, particulièrement depuis que le PQ a annoncé son intention d’abolir le Fonds des générations. Au moment où ces lignes sont écrites, la dette brute du Québec (celle de la fonction publique dans son ensemble) atteint  plus de 253[3] milliards de dollars. Cela fait du Québec  non seulement la province la plus endettée au Canada, mais également l’un des états les plus endettés de l’OCDE, avec une dette totale atteignant plus de 102,02% du PIB.

Représentant le 3ième poste budgétaire au gouvernement du Québec (après la santé et l’éducation) et avec un gouvernement péquiste qui n’admet vraisemblablement pas l’importance de cet enjeu, l’opposition libérale et son éventuel leader ont toute la marge de manœuvre nécessaire pour proposer des réformes structurantes qui sauront retirer aux générations montantes de Québécois le fardeau qui pèse déjà trop lourd sur leurs épaules. Le Fonds des générations (que le PQ veut abolir)  était un bon point de départ, il est frappant qu’un peu plus d’audace sera nécessaire si le problème de la dette est pris avec sérieux. Ce qu’un parti avec un nouveau leadership pourrait faire.

Il va sans dire que pour se mettre en lumière comme l’alternative responsable au PQ ( qui veut augmenter les impôts des particuliers  de 48,2% à 55,7%), le PLQ devra se positionner dans l’échiquier politique comme étant ‘’fiscaly conservative’’.  Étant la province la plus taxée,  proposer une fiscalité un peu plus minimaliste ne devrait pas demander trop de courage.  Il reste néanmoins qu’avec une baisse de revenus anticipée par ce genre de politique fiscale, les libéraux n’auront d’autre choix que de proposer une amélioration en efficacité, une réduction ou l’élimination de certains programmes, et, surtout, perpétuer la réforme tarifaire qu’ils avaient entamée lorsque ceux-ci étaient au gouvernement. Un ménage obligé qui se traduira par plusieurs changements au modèle québécois. Bref, ils n’auront d’autre choix que s’afficher comme une droite efficace et responsable, au service des contribuables.

Libertés individuelles

Les libertés individuelles forment évidemment l’autre thème sur lequel le PLQ sera capable de marquer une forte rupture avec le gouvernement Marois. Alors que celui-ci veut réduire la liberté de choix d’étudiants adultes en imposant la loi 101 dans les Cégeps, il s’agira d’une opportunité en or pour les Libéraux d’affirmer leur attachement à la liberté de choisir sa langue d’enseignement au collégial.

Bien qu’important, cet enjeu ne sera pas suffisant à lui seul pour démontrer que la première opposition défend solidement le droit de l’individu à mener sa vie dans la plus grande indépendance possible. Un sujet malheureusement laissé de côté durant la dernière campagne fut l’autorité accordée aux votes d’assemblées générales ; Ceux-ci doivent-ils avoir préséance sur la liberté d’aller à ses cours? L’étudiant peut-il être solidarisé de force à une cause, à travers un vote quelconque, ou encore peut-il choisir d’adhérer aux politiques qu’il veut bien supporter? Ce sont des questions dont les réponses à celles-ci témoignent de l’attachement à des valeurs fondamentales ; choisir pour soi, ou choisir pour les autres.

Ce débat pourrait aussi se transposer éventuellement sur la liberté d’association syndicale et sur les droits donnés aux associations de travailleurs (loi anti-scab, cotisation obligatoire, méthode de recrutement etc. ) , qui sont parmi les plus étendus en Amérique du nord. Compte tenu de l’influence actuelle de la FTQ, la CSN, la CSQ et de la CSD, ne parions pas sur une prise de position trop franche. Mais le débat sur le droit des associations étudiantes pourrait malgré tout ouvrir la porte à une discussion ouverte sur cette question qui, au sein même de la base militante du PLQ, en chicotte plusieurs.

Avec le support traditionnel des grandes centrales syndicales envers le Parti québécois et les associations étudiantes, misons sur le fait que le Parti libéral aura encore une fois l’occasion de se positionner de façon à combler une partie du vide laissé par la disparition de l’ADQ à la fin de l’année dernière ( et la reprise maladroite de plusieurs enjeux par la CAQ ).

Plusieurs autres enjeux[4] permettront au PLQ de décaler ses positions un peu plus à droite,  de manière à non seulement mener des réformes de plus en plus urgentes mais en allant rechercher un électorat parti ailleurs depuis plusieurs années. Avec une course à la chefferie qui s’entamera certainement au cours de la semaine prochaine et un gouvernement péquiste résolument à gauche, le moment ne pourrait pas être meilleur pour devenir un parti de centre-droite pragmatique et rigoureuse. Particulièrement avec l’équipe compétente sur lequel le PLQ peut compter, il ne manque qu’un chef avec un peu de vision pour prendre cette place sur l’échiquier politique ; Et surtout, donner aux Québécois le changement qu’ils veulent et qu’ils méritent, le vrai.


[1] Ne laissez pas le titre vous faire croire qu’il s’agit d’un blog libéral. Simplement, le PLQ est présentement
dans une bien meilleure position pour réaligner sa philosophie et sa perspective à l’égard des missions de l’État que la CAQ, en plus d’avoir dans ses rangs plusieurs députés (ex-ministres) qui connaissent les dossiers sur le bout de leurs doigts. L’équipe libérale, par son expérience et sa présence à l’assemblée nationale, est simplement en meilleure posture pour combler ce vide politique que l’est présentement la CAQ.

[2] Au sens philosophique et non partisan. Voir  http://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3%A9ralisme_politique

[3] http://www.iedm.org/fr/57-compteur-de-la-dette-quebecoise : Les questions relatives au calcul sont répondues sur cette page.

[4] Notamment le thème plus large de l’iniquité entre les générations, qui vaudrait un texte complet en soit.

 

7 raisons de voter contre le PQ

La Presse publiait dans son édition du vendredi 31 août les résultats du sondage CROP qui dévoilait que 22% des Québécois sont toujours indécis. Alors que le PQ  détient une légère avance dans ce même sondage, nous risquons de voir certaines de leurs promesses devenir réalité; l’application de plusieurs de ces politiques a de quoi donner froid dans le dos. Si vous faites parti des indécis, voici sept bonnes raisons de voter contre le Parti Québécois dans votre circonscription :

1. Rapatriement de l’assurance emploi.

Le Parti Québécois propose de remettre la gestion de la caisse d’assurance emploi entre les mains du gouvernement du Québec. Sans même mentionner le fait qu’il n’y a aucun problème avec le régime fédéral,  pour bien comprendre l’absurdité d’une telle proposition, il faut avant tout comprendre le mécanisme de fonctionnement de ce dit programme. La caisse de l’assurance emploi se garde à flot pour deux principales raisons, la diversité économique du Canada et un nombre important de cotisants. Par exemple, les provinces de l’Ouest sont plus performantes au plan de l’emploi et paient la note, d’une certaine manière, du chômage plus élevé des provinces de l’Est (qui est de 2% à 3% plus élevé). En ajoutant à ce facteur un nombre important de cotisants, nous obtenons un régime d’assurance emploi beaucoup moins sensible aux facteurs cycliques du marché des facteurs de production.

Un peu comme un portefeuille d’investissement, c’est la diversité et la liquidité du régime actuel qui assure sa pérennité. En voulant régionaliser à outrance l’assurance emploi, il ne fait aucun doute que le PQ  mettrait à risque les chômeurs du Québec au bénéfice d’une idéologie plutôt que de la bonne gestion.

2. Application de la loi 101 au Cégep.

Sommairement, une telle politique empêcherait les francophones et les allophones qui ont étudié plus d’onze années en français de choisir , une fois devenu adulte, quelle langue serait la plus appropriée à la poursuite de leurs études collégiales. En effet, un francophone (présentement 5% d’entre eux font le choix du Cégep anglophone ) ne pourrait plus aller solidifier ses capacités à communiquer en anglais au Cégep sous prétexte qu’il, dans mots de Pauline Marois (qui parle un anglais discutable ), <<ne faudrait tout de même pas subventionner l’anglicisation des francophones! >>

En plus de nous confirmer qu’il s’agit bel et bien d’une lutte contre l’anglais, en appliquant cette logique, rien ne nous empêche de croire qu’elle pourrait être portée à appliquer une politique semblable aux universités (subventionnée à plus de 80% par le gouvernement du Québec). Substituer le choix du citoyen par celui du politicien? No problem. Cette pensée liberticide nous confirme bel et bien que le Nous proposé est exclusif et n’inclut pas ceux qui aspirent à se démarquer dans un contexte globalisé comme le nôtre.

3. La gouvernance souverainiste.

Même si nous ne partageons pas la perspective péquiste en matière de politiques publiques, nous pourrions tout de même accorder au PQ de nobles intentions et simplement critiquer les  moyens. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Pour mousser l’option du Oui dans un éventuel référendum (qui est présentement sous la barre du 30% ), l’équipe Marois propose de créer volontairement une série de conflits avec Ottawa, en demandant plus de pouvoirs et plus de responsabilités pour Québec dans des champs de compétences fédéraux. Proposer la mauvaise foi aux Québécois, faut le faire.

4. La citoyenneté québécoise.

S’inscrivant dans une perspective de gouvernance souverainiste, le PQ veut instaurer la citoyenneté québécoise. Sa mesure la plus controversée consiste en retirer le droit de se présenter aux élections à ceux dont le niveau de français n’est pas acceptable. Comme avec la loi 101 au Cégep, cette politique s’inscrit dans une perspective liberticide, où des politiciens d’une certaine allégeance décident qui peut et qui ne peut pas se présenter à une élection. Par la bande, on retire également à l’électeur le droit de voter pour qui il veut, comme si celui-ci n’avait pas une pensée critique suffisante pour choisir son représentant. Cette forme d’infantilisation est répugnante.

Sans vouloir accuser implicitement ou explicitement le PQ de racisme et de xénophobie, cette mesure n’est pas sans rappeler les fameux literacy test  (utilisés pour discriminer les noirs aux élections)  menés dans le sud des États-Unis jusqu’au début des années 60, avant qu’ils soient déclarés anticonstitutionnels.

Quoique plusieurs juristes estiment qu’une telle politique serait également déclarée inconstitutionnelle par la Cour Suprême, le PQ souhaite probablement ce verdict pour ériger un autre conflit avec Ottawa.

5.  Augmentation du taux d’imposition marginal de 48,2% à 55,22%.

Le Québec est la société la plus taxée et la plus imposée en Amérique du Nord. Pour financer ses promesses et les gels de tarifs proposés par le PQ, ce dernier propose en effet d’augmenter le taux d’imposition marginal (la combinaison du taux provincial et fédéral) de 7,2%  pour atteindre 55,22% pour plus de 144 000 travailleurs, soient ceux gagnant plus de 250’000$ par année.

L’adage selon lequel ‘’trop d’impôt tue l’impôt’’  ne semble pas être particulièrement compris chez les péquistes. En effet, passé un certain taux d’imposition, les revenus découlant de l’impôt commencent à décroître. Pourquoi? Plusieurs hypothèses se complètent. Les gens les plus fortunés déplacent leurs investissements dans des environnements fiscaux moins hostiles, les travailleurs (voyant une plus grande part de leur revenu partir vers les coffres de l’État) mettent moins d’heures au travail  et le travail au noir, généralement, croît. Augmenter les impôts au niveau proposé par le PQ pourrait effectivement impliquer de voir les revenus étatiques diminuer.

Aussi, on peut se poser de sérieuses questions sur la légitimité d’un gouvernement à retirer à ses citoyens plus de la moitié de la valeur de leur travail, sans proposer ni réforme, ni ajustement dans la modulation et le financement des services offerts.

6. Mettre fin au Fonds des générations.

Le Fonds des générations est destiné à faire un paiement en capital sur la dette en 2025. D’ici cette date, le gouvernement actuel  prévoyait y cotiser à chaque année, en prévoyant que les rendements offerts par les marchés financiers seraient plus intéressants que les sommes économisées par un paiement immédiat sur la dette.

À l’image de son équipe économique, c’est sans chiffre à l’appui qu’elle propose de vider le Fonds d’un trait pour faire un maigre paiement de $5,5 milliards sur la dette, en estimant que c’est ce choix qui est le plus avantageux au plan financier.

Elle oublie probablement que le Fonds est considéré comme un actif par les agences de notation. Vu l’importance de notre dette et de l’impact d’une hausse des taux d’intérêts sur la taille de celle-ci ( qui sont déterminés par la solidité de l’emprunteur, dans ce cas ci , l’État québécois ),  se départir d’un actif comme le Fonds pourrait avoir des conséquences bien plus importantes sur nos finances publiques que ce que la chef péquiste laisse entendre, sans compter une réduction de la dette moins importante à moyen terme.

7. Ingérence dans la CDPQ.

Pauline Marois propose de redéfinir le mandat de la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec, le bas de laine des Québécois, pour lui donner une orientation plus interventionniste dans l’économie québécoise. Au détriment de quoi, dites-vous? L’épargne obligatoire des Québécois, seulement ça. Ce thème a déjà été abordé ici, mais pour le rappel, la CDPQ est déjà aux prises avec un problème d’importance en la RRQ, qui se doit d’être réformée. Ne comptez toutefois pas sur le Parti Québécois pour faire preuve d’audace.

À vous de choisir!

Le problème oublié : 2ième partie

Nous avons observé hier la pente descendante sur laquelle s’engage présentement la RRQ. Alors que le nombre de bénéficiaires  de celle-ci ne cessera de s’accroître au cours de la prochaine décennie, le nombre de cotisants (en proportion au nombre de retraités) sera le plus petit dans l’histoire récente du Québec. À moins qu’il soit considéré juste de faire payer toujours plus à la génération de travailleurs suivante sans même pouvoir leur garantir qu’ils reverront l’argent cotisé, le gouvernement du Québec devra réformer le système de manière à assurer à chacun des travailleurs son dû.

Heureusement pour les élus à l’Assemblée nationale, ils n’auront ni à se montrer créatif , ni même courageux pour mettre de l’avant les réformes nécessaires ;  le Chili a ouvert la voie en 1980 en privatisant l’ensemble de son régime de retraite public, inspirant ainsi une trentaine de pays, dont l’Australie, l’Angleterre et même la Suède ( oui, le même pays cité en exemple par ceux qui se battent contre toute forme de privatisation )  à faire de même.

Le système chilien est simple. Au lieu de contribuer à la caisse commune  et d’avoir un système à prestation déterminée, chaque travailleur se voit assigner un compte-épargne dans lequel son employeur verse l’équivalent 10% de son salaire. 5% est versé à partir du salaire même du travailleur et l’autre 5% vient directement de l’employeur. La gestion du compte est laissée au travailleur, qui doit choisir entre divers fonds mutuels, privés, qui répondent tous à des standards fiduciaires élevés et à une règlementation serrée de l’État. Chaque travailleur peut donc gérer  ses économies en fonction de son aversion au risque et de l’âge anticipé de sa retraite.

Par ailleurs, notons également que le gouvernement chilien  a instauré un crédit d’impôt permettant au travailleur d’épargner dans ce compte jusqu’à 20% de son salaire. Cela a d’ailleurs eu pour effet d’augmenter le niveau d’épargne national de 10% par rapport au PNB, à 27%[1](!).

Au niveau de l’épargne, cette politique comporte deux bénéfices majeurs. Le premier, une mobilité accrue de la main-d’oeuvre. Même en travaillant ailleurs dans le monde, le compte-épargne suit l’individu ; le travailleur peut ainsi contribuer, contrairement à la RRQ, à son compte de n’importe où. Deuxièmement,  s’il a épargné suffisamment, l’épargnant peut prendre sa retraite au moment désiré, sans aucune pénalité. Dans tous les cas,  l’avantage premier d’un tel système est la personnalisation de l’épargne autour des besoins de l’individu.

Évidemment, l’impact d’une telle compartimentalisation  du système de rentes sur la stabilité  de l’épargne des travailleurs est indéniable. Désormais, les bénéfices liés à  la cotisation obligatoire découlent directement de l’épargne individuelle ainsi que du rendement ;  non plus des variations démographiques et du niveau de cotisation des générations précédentes ou futures, comme c’est présentement le cas au Québec. En somme, les travailleurs épargnent pour eux et non pour les travailleurs de la génération précédente.

Comment effectuer cette transition? Pour l’administration publique, cela représentera sans doute une charge de travail importante. Pour les épargnants? Comme au Chili, en Suède et dans la trentaine d’autres pays qui ont adopté ce système,  ceux qui bénéficient déjà d’une rente de la RRQ maintiendraient leurs privilèges. Les travailleurs actuels auraient le choix de garder leurs épargnes à la Caisse de dépôt ou encore de les transférer dans leur compte individuel. Les nouveaux travailleurs, quant à eux,  feront automatiquement parti du nouveau système d’épargne obligatoire.

Quoique le régime public de rentes du Chili ne soit pas sans défaut, il est clair qu’il répond à plusieurs problèmes posés par le système actuellement en place au Québec. Si les politiciens québécois sont sincères dans leur engagement à assurer l’équité entre les générations, ils ne pourront continuer à ignorer l’éléphant dans la pièce qu’est la RRQ. Le modèle de réforme existe déjà, il a démontré son efficacité à éliminer quelconque forme de déficit actuariel et d’iniquité entre les générations en plus d’augmenter le niveau d’épargne des travailleurs. Une question subsiste néanmoins : qui aura le courage de prendre le taureau par les cornes?


[1] http://www.cato.org/publications/commentary/chiles-social-security-lesson-us
Sources :
http://www.ssa.gov/policy/docs/ssb/v59n3/v59n3p45.pdf
Thaler, Richard H. ; Sunstein, Cass R. ‘’ Nudge : Improving Decisions about Health, Wealth and Happniness’’ 2009,Penguin Books.

Le problème oublié : 1ère partie

En proposant de verser l’ensemble des redevances minières au paiement de la dette du Québec, la CAQ propose le plan le plus  ambitieux des plans pour réduire la taille de celle-ci. En abordant  le sujet de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) , la CAQ aurait pu laisser croire qu’elle s’attaquerait à l’un des symboles les plus criants de l’iniquité entre les générations, la Régie des Rentes du Québec ( RRQ ), fond duquel la Caisse est gestionnaire. Malheureusement, pas un mot là-dessus.  Que propose Legault à la place?  Que la CDPQ, la même qui a pour mandat de gérer le bas de laine des Québécois,  accroît la part de ses investissements au Québec  ‘’ de manière complètement indépendante du pouvoir politique’’.

Quoi qu’on puisse se demander comment le chef de la Coalition compte influencer les investissements de la CDPQ sans ingérence du pouvoir politique dans celle-ci, plusieurs aspects de cette éventuelle politique sont troublants. D’abord, qu’il considère légitime dans une certaine mesure de mettre la CDPQ au service d’un certain protectionnisme économique avant l’épargne des Québécois.  Ensuite, c’est que la CAQ, avec un C.A. à sa tête et  son héritage adéquiste, ignore la problématique actuelle de la RRQ et ne propose aucune solution pour redresser la barre.

Mise en contexte

La RRQ est encore, à l’heure où ces lignes sont écrites,  en déficit actuariel. C’est-à-dire qu’au niveau de cotisation actuel (10,05% du salaire) , la réserve commencera à décroître à partir de 2023, pour se vider  complètement ( grâce aux pertes monumentales de la CDPQ en 2008 ) en 2037. Ainsi, des centaines de milliers de travailleurs contribueront au régime étatique, sans jamais en revoir un traître sous à leur retraite.

Pourquoi se vide-t-elle?  Plusieurs raisons. Principalement, c’est que les taux de cotisation à la RRQ ont été maintenus beaucoup trop bas pendant trop longtemps.  Voici un tableau de l’évolution des taux de cotisation à la RRQ depuis sa création.
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[1]
Pour la rente due, le taux de cotisation en 1966 était nettement inférieur aux besoins réels  ; C’est ainsi qu’aujourd’hui le gouvernement du Québec augmente les cotisations pour éventuellement donner aux travailleurs la rente qu’on leur a promise.

Au fil du temps, le travailleur moyen aura du contribué plus, pour obtenir un rendement bien moins important sur sa contribution. À titre de comparaison, un travailleur ayant pris sa retraite en 1990  aura touché un retour de 14,5%[2] l’an  sur l’argent cotisée, alors qu’un travailleur né la même année touchera 5,1% l’an sur ses cotisations. Malheureusement, les jeunes travailleurs paient aujourd’hui la retraite de leurs aînés et ce, au coût de leur propre rente.

Comment le gouvernement Libéral prévoit il remédier à ce problème? Comme à l’habitude en augmentant le taux de cotisation, accroissant ainsi une fois de plus le fossé entre les générations. D’ici 2018, nous paierons 10,8% de notre salaire ( une augmentation de 0,55%, donc, et celle-ci sera insuffisante puisque le niveau d’équilibre actuel serait de 10,95%(!) ) pour combler le retard pris dans les dernières années. Par la suite, nos décideurs pourront se laver les mains des hausses de cotisations puisqu’un ‘’comité d’experts’’ déterminera le taux de cotisation nécessaire au maintien de la réserve de la RRQ.

Comme une entreprise qui essuie des pertes trimestre après trimestre, nos politiciens ne peuvent s’enfoncer la tête dans le sable en croyant que le modèle de la RRQ est viable. Il est impératif d’envisager des solutions qui s’accorderont autant avec une rentabilité accrue pour les épargnants qu’avec le principe d’équité entre les générations. Plusieurs réformes ont été adoptées à travers le monde par des pays qui faisaient face aux mêmes défis.

La suite demain…


[2]  Duhaime, Éric;  L’État Contre les Jeunes, page 57;  2012, VLB éditeur.

Mieux que partout ailleurs…

À la surprise d’aucun, nous sommes en campagne électorale.  S’il est certain que la crise étudiante et les sondages les moins  défavorables au PLQ depuis longtemps y sont pour quelque chose, nous pouvons sans doute miser sur le fait que Jean Charest jouera la carte de l’économie.
Son discours est déjà bien rodé : «Le Québec s’est mieux sorti de la crise financière et économique que partout ailleurs dans le monde.» , répétait-il encore une fois le 27 juin dernier.   Mieux que partout ailleurs, dans le monde, nous répète-t-il. Est-ce exact? Dans tous les cas, doit-on en tirer la conclusion que l’économie québécoise est ainsi en bonne posture?
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Ailleurs
Suite à une récession, les chiffres sur l’emploi sont généralement les données les plus révélatrices quant à la qualité de la reprise de par le sens qu’ils prennent pour la population ( travailler vs. être sans emploi ) . Comme l’indique le graphique, en 2009 , alors que la récession sévit, le Québec voit son nombre de chômeurs augmenter de 1,3% pour atteindre 8,5%  et graduellement ( mais non exclusivement ), redescendre, pour aller se situer 0.5% au dessus de la moyenne canadienne.

Notons l’Ontario, qui après avoir été durement touchée par la crise rattrape le Québec ( quoi qu’elle stagne), et l’Alberta, véritable locomotive, qui accélère rapidement vers son taux de chômage pré-crise.  Le Québec lui, semble stagner à 7,7%, creusant même l’écart de 0.1%  avec la moyenne canadienne.
C’est ainsi que le Québec,  sans être dans une situation catastrophique et alarmante en matière d’emplois, ne  peut être regardé comme un modèle de développement économique et de création d’emplois, alors que  la moyenne des provinces canadiennes performe mieux  que  celui-ci.

Mieux que…

Mieux que partout ailleurs,  le Québec?  Au mieux, aussi bien que la moyenne canadienne, tout en préservant son retard habituel sur celle-ci.  Il a fort à parier, même, que la récession  au Québec  n’a pas frappé aussi fort qu’ailleurs dans le monde, non pas à cause du gouvernement québécois,  mais simplement à cause du contexte économique  canadien.  Économiquement ouvert et libre,  jouissant de finances publiques assainies durant les années 1990 ( le ratio de la dette par rapport au PIB est passé de près de 70% à moins de 30% ) et surtout ayant passé à coté d’une bulle immobilière importante, c’est le Canada en entier qui s’est bien sorti de la crise et non uniquement le Québec comme le laisse sous-entendre le Premier Ministre. Pour preuve, le Canadien moyen est maintenant plus riche que son voisin au sud de la frontière.

Pas si rose
D’ailleurs, l’économie québécoise accuse encore un retard important sur ses principaux compétiteurs, non seulement en terme d’emplois mais également en terme de productivité et de niveau de vie, comme l’indique les tableaux suivants. Les chiffres datent de 2010, mais ils sont néanmoins révélateurs de l’état actuel des choses.
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Il est important de comprendre que la productivité est une composante clée ( mais non pas unique) du développement  économique et que le niveau de vie y est intimement lié ; À long terme, une augmentation de la productivité est nécessaire à l’accroissement du niveau de vie.  À cet égard,  le Québec accuse un retard important sur ses partenaires économiques, alors que la richesse créée par heure de travail est d’environ 6$ de moins que le travailleur canadien moyen, près de 10$ de moins qu’un travailleur moyen de l’OCDE et environ 16$ de moins que le travailleur moyen aux États-Unis.

Le Québec n’est pas l’Espagne, ni l’Italie et encore moins la Grèce.  Mais dire que le Québec s’en est mieux tiré que n’importe où ailleurs est faux ; Pis encore, en conclure que le bilan économique de la belle province est reluisant serait une grave erreur.  Bien des solutions sont envisageables, mais pour les rendre possibles, encore est-il important de reconnaître la situation telle qu’elle est et non telle qu’on la voudrait.