Le problème oublié : 2ième partie

Nous avons observé hier la pente descendante sur laquelle s’engage présentement la RRQ. Alors que le nombre de bénéficiaires  de celle-ci ne cessera de s’accroître au cours de la prochaine décennie, le nombre de cotisants (en proportion au nombre de retraités) sera le plus petit dans l’histoire récente du Québec. À moins qu’il soit considéré juste de faire payer toujours plus à la génération de travailleurs suivante sans même pouvoir leur garantir qu’ils reverront l’argent cotisé, le gouvernement du Québec devra réformer le système de manière à assurer à chacun des travailleurs son dû.

Heureusement pour les élus à l’Assemblée nationale, ils n’auront ni à se montrer créatif , ni même courageux pour mettre de l’avant les réformes nécessaires ;  le Chili a ouvert la voie en 1980 en privatisant l’ensemble de son régime de retraite public, inspirant ainsi une trentaine de pays, dont l’Australie, l’Angleterre et même la Suède ( oui, le même pays cité en exemple par ceux qui se battent contre toute forme de privatisation )  à faire de même.

Le système chilien est simple. Au lieu de contribuer à la caisse commune  et d’avoir un système à prestation déterminée, chaque travailleur se voit assigner un compte-épargne dans lequel son employeur verse l’équivalent 10% de son salaire. 5% est versé à partir du salaire même du travailleur et l’autre 5% vient directement de l’employeur. La gestion du compte est laissée au travailleur, qui doit choisir entre divers fonds mutuels, privés, qui répondent tous à des standards fiduciaires élevés et à une règlementation serrée de l’État. Chaque travailleur peut donc gérer  ses économies en fonction de son aversion au risque et de l’âge anticipé de sa retraite.

Par ailleurs, notons également que le gouvernement chilien  a instauré un crédit d’impôt permettant au travailleur d’épargner dans ce compte jusqu’à 20% de son salaire. Cela a d’ailleurs eu pour effet d’augmenter le niveau d’épargne national de 10% par rapport au PNB, à 27%[1](!).

Au niveau de l’épargne, cette politique comporte deux bénéfices majeurs. Le premier, une mobilité accrue de la main-d’oeuvre. Même en travaillant ailleurs dans le monde, le compte-épargne suit l’individu ; le travailleur peut ainsi contribuer, contrairement à la RRQ, à son compte de n’importe où. Deuxièmement,  s’il a épargné suffisamment, l’épargnant peut prendre sa retraite au moment désiré, sans aucune pénalité. Dans tous les cas,  l’avantage premier d’un tel système est la personnalisation de l’épargne autour des besoins de l’individu.

Évidemment, l’impact d’une telle compartimentalisation  du système de rentes sur la stabilité  de l’épargne des travailleurs est indéniable. Désormais, les bénéfices liés à  la cotisation obligatoire découlent directement de l’épargne individuelle ainsi que du rendement ;  non plus des variations démographiques et du niveau de cotisation des générations précédentes ou futures, comme c’est présentement le cas au Québec. En somme, les travailleurs épargnent pour eux et non pour les travailleurs de la génération précédente.

Comment effectuer cette transition? Pour l’administration publique, cela représentera sans doute une charge de travail importante. Pour les épargnants? Comme au Chili, en Suède et dans la trentaine d’autres pays qui ont adopté ce système,  ceux qui bénéficient déjà d’une rente de la RRQ maintiendraient leurs privilèges. Les travailleurs actuels auraient le choix de garder leurs épargnes à la Caisse de dépôt ou encore de les transférer dans leur compte individuel. Les nouveaux travailleurs, quant à eux,  feront automatiquement parti du nouveau système d’épargne obligatoire.

Quoique le régime public de rentes du Chili ne soit pas sans défaut, il est clair qu’il répond à plusieurs problèmes posés par le système actuellement en place au Québec. Si les politiciens québécois sont sincères dans leur engagement à assurer l’équité entre les générations, ils ne pourront continuer à ignorer l’éléphant dans la pièce qu’est la RRQ. Le modèle de réforme existe déjà, il a démontré son efficacité à éliminer quelconque forme de déficit actuariel et d’iniquité entre les générations en plus d’augmenter le niveau d’épargne des travailleurs. Une question subsiste néanmoins : qui aura le courage de prendre le taureau par les cornes?


[1] http://www.cato.org/publications/commentary/chiles-social-security-lesson-us
Sources :
http://www.ssa.gov/policy/docs/ssb/v59n3/v59n3p45.pdf
Thaler, Richard H. ; Sunstein, Cass R. ‘’ Nudge : Improving Decisions about Health, Wealth and Happniness’’ 2009,Penguin Books.

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